RDC : Les massacres du 4-5 janvier 1959

 

Le 4 janvier, l’ABAKO de Kasavubu annonce un meeting place de la Victoire. Il faut absolument dépasser le succès que Lumumba a obtenu, une semaine auparavant. L’ABAKO considère Lumumba comme un ” étranger ” dans la province du Congo Central ! L’ABAKO était le parti tribaliste des Bakongo et avait l’avantage d’opérer dans la partie la plus développée et la plus connue du Congo: la capitale et ses environs. Les masses du Bas-Congo et de Kinshasa étaient très révoltées contre la domination coloniale. Mais l’ABAKO détournait cette révolte vers des objectifs tribaux. Or le meeting est interdit par l’administration et l’affaire tourne à l’insurrection. La Force Publique massacre 300 Congolais, surtout des travailleurs, des chômeurs et des ” irréguliers “, venus à Kinshasa sans autorisation. Des dizaines de milliers de Congolais ont pris part aux ” émeutes “, c’est-à-dire au combat ouvert pour l’indépendance. Le colonisateur expulse alors des milliers d’irréguliers vers leur village d’origine. Là-bas, ces jeunes révoltés racontent comment la masse a osé attaquer les colonialistes. Dans tous les villages du Bas-Congo, du Kwilu et du Kwango, les masses commencent à se soulever, à l’exemple des héroïques combattants du 4 janvier. Suite aux ” émeutes ” du 4 janvier, Kasavubu est arrêté et emprisonné. Mais le gouvernement belge, effrayé devant la lutte révolutionnaire, décide très vite de changer de tactique. Connaissant la faiblesse des partis nationalistes, l’administration coloniale les prend de court en accordant l’indépendance dans un bref délai. Ainsi, la Belgique veut s’assurer que le Congo ” indépendant ” soit gouverné par ses amis et ses fidèles. Le 13 janvier 1959, le roi Baudouin déclare : “Notre résolution est aujourd’hui de conduire les populations congolaises à l’indépendance.” Le 13 mars, le ministre Van Hemelryck fait libérer Kasavubu et l’envoie en Belgique. Van Hemelrijck affirme que Kasavubu s’est rallié à la nouvelle politique définie le 13 janvier. Kasavubu déclare : “Nous demandons au peuple congolais de rester calme, d’oublier le passé et de préparer l’avenir dans l’esprit de la nouvelle politique qui conduit le Congo à l’indépendance.”  L’administration coloniale était déjà arrivée à la conclusion que l’ABAKO, parti tribaliste et séparatiste, pouvait être ” apprivoisé “. Le 21 avril, face au radicalisme des masses qui balaie toutes les institutions coloniales, l’administrateur Saintraint indique une nouvelle piste : “La situation générale est critique et, sous certains aspects, dramatique. L’Administration, rejetée, n’a plus les moyens de diriger le pays ni d’y maintenir l’ordre. L’ABAKO a un plan détaillé de mise en place d’une nouvelle administration. Il vaut mieux qu’elle procède très rapidement à ce remplacement.” Poussé par son esprit tribaliste, l’ABAKO tourne le dos à la lutte anticolonialiste pour s’orienter vers la lutte pour “l’indépendance” de sa province. Le 21 juin 1959, Kasavubu exige ” la création d’un Etat autonome, la République du Congo Central, dont le président sera élu par les originaires de cette République “. (7) Ainsi, les nombreux Congolais nés dans les autres provinces seront des ” étrangers ” dans la capitale de leur pays.

nguruwasingya@gmail.com

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