L’assassinat du 17 janvier 1961 de Lumumba

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 17 janvier à 16h45, trois hommes noirs, les yeux bandés et les bras ligotés derrière le dos, sortent du DC 4 qui vient d’atterrir à la Luano, Lubumbashi. Il s’agit de Lumumba, Mpolo et Okito. Ils sont immédiatement encerclés par des gendarmes katangais, encadrés par des officiers belges. Munongo assiste à la scène. Lumumba et ses deux compagnons ont été tués le même soir.

Les services de renseignement occidentaux et leurs hommes de main sont

immédiatement au courant de la mort de Lumumba. Le 19 janvier déjà, des officiers congolais, assistés par le conseiller militaire de Mobutu, le colonel belge Marlière, arrivent à Lubumbashi pour discuter avec Tshombé d’un accord de coopération militaire Kinshasa-Lubumbashi et d’un commandement unique. Nendaka débarque quelques jours plus tard. Tous les défenseurs de l’impérialisme comprennent que l’annonce de la mort de Lumumba provoquera une révolution dans tout le pays. Ils veulent du temps pour se préparer à l’affronter. Ils savent que les Kasavubu, Mobutu et Bomboko à Kinshasa auront besoin de l’aide militaire des Tshombé à Lubumbashi et des Kalonji à Babwanga pour combattre le nouvel essor de la révolution populaire nationaliste. Ce n’est que le 13 février que Munongo annonce à la presse internationale la mort de Lumumba “tué par des villageois dans un petit village près de Kolwesi.” Dans le texte qu’il a lu, il y a cette phrase : “On nous accusera de les avoir assassinés. Je réponds: Prouvez-le !”

” Fiers de cette lutte qui fut de sang, de larmes et de feu. “

Congolais et Congolaises, Combattants de la liberté aujourd’hui victorieux, je vous salue au nom du gouvernement congolais.

A vous tous, nos amis qui avez lutté sans relâche à nos côtés, je vous demande de faire de ce trente juin 1960 une date illustre que vous garderez ineffaçablement gravée dans vos cœurs, une date dont vous enseignerez avec fierté la signification à vos enfants.

Cette indépendance du Congo, nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier que c’est par la lutte qu’elle a été conquise, une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans laquelle, nous n’avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang.

Cette lutte, qui fut de larmes, de feu et de sang, nous en sommes fiers jusqu’au plus profond de nous-mêmes, car ce fut une lutte noble et juste, une lutte indispensable, pour mettre fin à l’humiliant esclavage qui nous était imposé par la force.

Ce fut notre sort en 80 ans de régime colonialiste ; nos blessures sont trop fraîches et trop douloureuses encore pour que nous puissions les chasser de notre mémoire, car nous avons connu le travail harassant exigé en échange de salaires qui ne nous permettaient ni de manger à notre faim, ni de nous vêtir ou nous loger décemment, ni d’élever nos enfants comme des êtres chers. Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des “nègres”.

Nous avons connu les souffrances atroces des relégués pour opinions politiques ou croyances religieuses; exilés dans leur propre patrie, leur sort était vraiment pire que la mort même.

Nous avons connu qu’il y avait dans les villes des maisons magnifiques pour les Blancs et des paillottes croulantes pour les Noirs,

Qui oubliera enfin les fusillades où périrent tant de nos frères, les cachots où furent brutalement jetés ceux qui ne voulaient plus se soumettre au régime d’injustice, d’oppression et d’exploitation. Nous qui avons souffert dans notre corps et dans notre cœur de l’oppression colonialiste, nous vous le disons tout haut : tout cela est désormais fini. La République du Congo a été proclamée et notre cher pays est maintenant entre les mains de ses propres enfants.

Ensemble, mes frères, mes sœurs, nous allons commencer une nouvelle lutte, une lutte sublime qui va mener notre pays à la paix, à la prospérité et à la grandeur. Nous allons établir ensemble la justice sociale et assurer que chacun reçoive la juste rémunération de son travail.

Nous allons montrer au monde ce que peut faire l’homme noir lorsqu’il travaille

dans la liberté, et nous allons faire du Congo le centre de rayonnement de l’Afrique toute entière.

Nous allons veiller à ce que les terres de notre patrie profitent véritablement à ses enfants.

Nous allons revoir toutes les lois d’autrefois et en faire de nouvelles qui seront

justes et nobles.

Et pour tout cela, chers compatriotes, soyez sûrs que nous pourrons compter non seulement sur nos forces énormes et nos richesses immenses, mais sur

l’assistance de nombreux pays étrangers dont nous accepterons la collaboration chaque fois qu’elle sera loyale et ne cherchera pas à nous imposer une politique quelle qu’elle soit.

Ainsi, le Congo nouveau que mon gouvernement va créer sera un pays riche, libre et prospère. Je vous demande à tous d’oublier les querelles tribales qui nous épuisent et risquent de nous faire mépriser à l’étranger.

Je vous demande à tous de ne reculer devant aucun sacrifice pour assurer la

réussite de notre grandiose entreprise.

L’indépendance du Congo marque un pas décisif vers la libération de tout le

continent africain. Notre gouvernement fort – national – populaire, sera le salut de ce pays. J’invite tous les citoyens congolais, hommes, femmes et enfants de se mettre résolument au travail, en vue de créer une économie nationale prospère qui consacrera notre indépendance économique.

Hommage aux combattants de la liberté nationale !

Vive l’Indépendance et l’Unité africaine !

Vive le Congo indépendant et souverain !

 L’arrestation de Lumumba par Mobutu

Dans la nuit du 27 novembre, Lumumba quitte Kinshasa en voiture. Son convoi passe par Kenge et arrive à Masi-Manimba le lendemain à 19h00.

La CIA a immédiatement mobilisé ses hommes de confiance parmi les troupes de l’ONU et celles de Mobutu. Un câble de la CIA du 28 novembre dit : ” La station travaille avec le gouvernement congolais pour bloquer les routes afin d’empêcher la fuite de Lumumba.”

Karl von Horn a aussi contribué à “retrouver” Lumumba. Dans ses Mémoires, le commandant des troupes de l’ONU, se félicite de l’arrestation de Lumumba : “A parler franchement, tout le pays aurait été mis à feu et à sang si Lumumba était parvenu à Kisangani.” Lumumba traverse le Kwilu en passant par Bulungu et Mangai. Puis, on le trouve à Brabanta, Port-Franqui, Mweka et Lodi. Dans cette dernière localité, le 1er décembre, à 23h00, Lumumba passe la rivière Sankuru en pirogue en compagnie de Pierre Mulele, de Valentin Lubumba et de Mathias Kemishanga. Un peu plus tard, le bac arrive sur l’autre rive et un groupe de soldats mettent pied à terre. Lumumba, seul, s’avance pour discuter avec eux. Après de longues palabres, il est arrêté et conduit à Port-Franqui le 2 décembre au matin. Mulele parviendra à Kisangani.

Sur instructions de Mobutu, le chef de la Sûreté, Nendaka, ordonne à Pongo de ramener Lumumba à Kinshasa. Le soir, à 17h00, un DC 3 d’Air Congo, ramène Lumumba à Ndjili. Il est ligoté et jeté ligoté sur un camion militaire, puis conduit au camp de Binza, devant Mobutu. ” Le colonel Mobutu, les bras croisés, a regardé calmement ses soldats frapper et bousculer le prisonnier et le tirer par les cheveux.

Lumumba est tabassé avec une extrême violence, les militaires lui brûlent la barbe. Au matin du 3, il est enfermé au camp Hardy de Thysville.

 Les lumumbistes contre-attaquent

 Le 7 décembre, Kasavubu se réjouit de la capture de son principal adversaire: “Je m’étonne de l’importance attachée à l’arrestation de Lumumba par un certain nombre de délégations afro-asiatiques et est-européennes; en effet, Lumumba est bsous le coup d’un mandat d’arrestation depuis septembre. Il s’est rendu coupable des infractions suivantes : atteintes à la sécurité de l’Etat et organisation de bandes hostiles dans le but de porter la dévastation et le massacre.” Kasavubu y ajoute qu’à Kisangani, où règnent les lumumbistes, les gens connaissent “le terrorisme, la torture et la suppression de toute liberté individuelle.” (9) Mais, en réalité, à Kisangani le pouvoir lumumbiste se consolide et s’étend. Le 12 décembre, Gizenga déclare que Kisangani est désormais le siège du gouvernement légal et la capitale provisoire de la République.” (10) Deux semaines plus tard, les lumumbistes prennent le pouvoir à Bukavu, capitale du Kivu. Le 1er janvier 1961, Pongo, l’homme qui arrêta Lumumba, échoue lamentablement dans sa tentative d’occuper Bukavu. Il est fait prisonnier. Kashamura forme un gouvernement lumumbiste à Bukavu. Le 9 janvier, les troupes congolaises fidèles à Lumumba et dirigées par Lundula, libèrent Manono. La lutte armée pour la libération du Katanga prend de l’ampleur. Cette montée de la lutte révolutionnaire populaire aboutirait certainement à la victoire si Lumumba, libéré, pouvait se mettre à sa tête. Le 13 janvier, sous l’impulsion de Mulele et des militants du PSA et du MNC-L, une mutinerie éclate à Thysville pour libérer Lumumba.

 La CIA veut la mort de Lumumba

 La CIA comprend qu’il est urgent d’assassiner Lumumba si elle veut sauver la

domination impérialiste sur le Congo. Depuis octobre, la CIA poursuit une ligne constante : utiliser ses agents congolais pour éliminer Lumumba. Hedgman, le chef de station de la CIA à Kinshasa, câblait alors : “Station a fermement poussé leaders congolais arrêter Lumumba ; pense Lumumba continuera à être menace pour stabilité Congo jusqu’à son élimination de

la scène.”Le 13 janvier, après la mutinerie qui faillit libérer Lumumba,

Hedgman envoie un autre message au directeur de la CIA : “La combinaison des talents de Lumumba comme démagogue, sa capacité d’utilisation de groupes de propagande assureraient presque certainement Lumumba d’une victoire au parlement. Le refus de prendre des mesures radicales maintenant conduira la politique des Etats-Unis au Congo à la défaite.”

Nous avons ici la décision finale de la CIA pour l’élimination de Lumumba. A ce moment, la CIA est en relation permanente avec Mobutu, Kasavubu, Tshombé, Munongo, Nendaka, Kazadi, Adoula et tous ceux qui sont mêlés à la décision d’envoyer Lumumba à la boucherie de Lubumbashi.

Le 14 janvier déjà, la Sûreté de Nendaka envoie un télégramme à Lubumbashi: “Collège commissaires généraux se permet insister afin obtenir accord pour transférer Lumumba dans province du Katanga.” Deux commissaires, Ferdinand Kazadi et Mukamba Jonas, sont chargés d’accompagner le prisonnier dans l’avion.

 ” Nous suivrons l’exemple de Lumumba ! “

 Le lendemain, au Caire, Pierre Mulele fait une déclaration au nom du

gouvernement légal : ” Les patriotes congolais s’engagent aujourd’hui à suivre

l’exemple de Lumumba et à combattre jusqu’à ce que la libération totale de leur pays soit réalisée sous la conduite du gouvernement légal congolais. L’assassinat de Lumumba a été préparé et exécuté par les colonialistes belges et leurs hommes de main congolais. M. Hammarskjöld figure parmi les responsables de la mort de l’ex-premier ministre congolais. Le secrétaire général de l’ONU est l’instrument de la politique de l’administration américaine. Le gouvernement de Kisangani va prendre les mesures nécessaires contre les colonialistes belges et leurs alliés et contre tous ceux directement ou indirectement responsables de la mort de Lumumba et de ses deux compagnons.”

 

 

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2 Responses to L’assassinat du 17 janvier 1961 de Lumumba

  1. Merci pour ce rappel de la Vérité !

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